Écrits des Forges
 

Ode au Saint-Laurent

de Gatien Lapointe

Par l’édition rétrospective, remonter le cours de l’œuvre de Gatien Lapointe, voilà ce que nous avons entrepris au printemps 1999 avec Corps et graphies qui reprenait les petits recueils parus dans les dernières années de la vie du poète, c’est-à-dire entre 1981 et 1983: Le premier paysage, Barbare inouï, Corps et graphie, Corps-transistor, Fauve d’aurore, Fais reluire du gris et Corps de l’instant.

La présente parution, intitulée Ode au Saint-Laurent reprend trois textes fondamentaux de cette œuvre indémodable que constitue celle de Gatien Lapointe : d’abord, cette Ode au Saint-Laurent, parue en 1963, qui demeure l’une des œuvres fondatrices de la poésie nationale et nationalise d’ici, l’un des ouvrages les plus lus, les plus vendus, les plus célèbres et les plus célébrés de la littérature québécoise; puis, Le premier mot, œuvre prométhéenne, humaniste et existentialiste, bien consciente de l’absurde, violent plaidoyer en faveur de la vie et guerre farouche livrée à la mort; enfin, Chorégraphie d’un pays, texte synthèse où l’homme, par le langage, entend véritablement faire corps avec le paysage de chez lui.

Dans le cadre de ce projet de réédition, notre prochain jalon sera de réunir les trois premiers recueils de Gatien Lapointe : Jour malaisé (1953), Otages de la joie (1955) et Le temps premier (1962), trilogie qui portera pour emblème Le temps premier.

Pour l’instant, Ode au Saint-Laurent nous invite donc d’abord à retrouver un grand chant à la Walt Whitman qui saisit à l’origine la conscience d’un sol originel et celle d’un sort original : «C’est ici le plus beau paysage du monde», «Nous prenons pied parmi les hommes d’ici». C’est à partir de tels énoncés que les Québécois ont entrepris d’imaginer leur singularité et de construire leur fierté sans lesquelles il n’aurait jamais été possible d’affirmer : «Mon pays vient parler sur la place du monde»;

Le premier mot fut l’un des premiers livre de poésie québécois conçus par accumulation de fragments plutôt que par sections de poèmes. Il nous donne tout un credo et s’accompagne d’un véritable art poétique qui n’est rien d’autre qu’un art de vivre, c’est-à-dire une tentative de «défier toute mort». Le poète nous dit : «j’écris comme je crie NON aux dieux et à la mort», car «Un poème est déjà un acte de présence». De plus, s’entrevoit ici cette pensée que nous sommes faits de la matière même du pays d’où l’on est et que c’est avec tout cela qu’il faut naître, vivre et rencontrer le monde : «un homme c’est les autres et les pays qu’ils sont».

C’est cette démarche que Lapointe reprendra plusieurs années après (en 1981) pour écrire une sorte d’oratorio Chorégraphie d’un pays qui explore minutieusement toutes les richesses de nos terres. Animaux, végétaux, minéraux s’unissent à l’humain et aux mots pour célébrer le Québec et, à travers lui, le monde et la vie : «Nous naissons de la violence même de ce pays», «Cette terre rêve en nous l’incessant prélude de ses formes». Cette symbiose constamment recherchée de l’humain et de chacun des détails du monde, d’abord livrée de façon plus expérimentale dans Arbre-Radar, mais ici davantage explicite, participe à la singularité de ce poète essentiel.

« Mon pays vient parler
sur la place du monde »

« J’écris comme je crie NON
aux dieux et à la mort »

« Ce pays se prend
par le corps et dans l’instant »

192 pages
12,8 X 20,3 cm

ISBN : 2-89046-572-1

Prix Euro : 15,00 €

Prix canadien : 20,00 $


couverture de Ode au Saint-Laurent

ISBN : Écrits des Forges