Dominique Olivier

Autour de « Le carrousel des trahisons »

1. Quels sont les principaux thèmes au cœur de ce recueil ?

Le thème principal étant dans le titre, il nécessite quelques précisions. Les trahisons font partie intégrante de nos vies, à plusieurs degrés et dans différents aspects de nos attachements. De façon générale, elles sont relayées par le mensonge, les fausses promesses, l’abandon, les déclarations sans fondement affectifs réels, le tout soutenu par le déni de ceux qui incarnent ces trahisons. Dans le Carrousel, il est question de l’impact des trahisons qui viennent de l’enfance et qui tissent parfois la trame d’une vie entière. À la recherche de figues parentales, l’enfant qui a été trahi, en grandissant, va se relier à des êtres qui lui offrent une sensation de sécurité. Il offre alors toute sa confiance à certains individus qui peuvent à leur tour en faire mauvais usage. La candeur de l’enfance, toutefois, doit avoir une fin, et l’individu devenu adulte jette ici un regard sur la façon dont il a accepté de se laisser bercer-berner?- par les paroles de figures faussement aimantes qui l’entouraient.

2. Quelles sont les particularités de votre recueil ?

La question qui me hantait au départ de l’écriture de ce livre était la forme que je lui donnerais. Comment parvenir à faire tourner les personnages dans ce carrousel, à leur donner une épaisseur, tout en laissant place à celle qui raconte? J’ai donc créé plusieurs sections consacrées aux figures de la trahison, avec pour conclusion la vision de l’enfant qui tourne son regard vers un ailleurs, un « après la trahison ». Chaque section est précédée d’une citation d’un poète québécois (à l’exception de Sylvia Plath) dont les propos résonnaient avec le contenu du recueil, en plus d’être entrecoupées de poèmes représentant une voix extérieure aux personnages mis en scène dans ce carrousel. Plus qu’une série de poèmes, j’ai préféré construire un récit qui donne place à la psychogénéalogie ainsi qu’à l’idée que la découverte des trahisons peut devenir un puissant moteur de l’individuation.

3. En quoi ce livre est-il essentiel ?

Essentiel serait, de mon point de vue, assez exagéré. En revanche, je tenais, lors de l’écriture, à rendre compte d’un aspect important de la vie humaine, à travers un récit d’emblée très personnel. Si certains lecteurs y retrouvent des émotions et des mots qui leur permettent de trouver un apaisement au tourment des trahisons qui ont étayé leurs vies, mon but sera atteint. J’aimerais avoir fait reluire « un soleil plus beau que les anciens mensonges » (Aragon), à travers la douloureuse découverte de ces trahisons.

4. Qu’est-ce qui a inspiré l’écriture des poèmes ?

Ce livre est un livre de colère et de libération. Dans le contexte de la fin de vie de mes parents, une observation s’imposait sur la relation que j’avais entretenue avec ces derniers ainsi qu’avec les êtres dont je croyais qu’ils pouvaient les remplacer. Devant l’évidence de certaines découvertes, j’ai souhaité que ce vent de colère se transforme en un objet qui allait vivre en dehors de moi, et peut-être aider d’autres êtres à reconsidérer leurs attachements à la lumière des trahisons qui pavent l’existence.

5. Suggérez-nous un extrait illustrant l’une ou l’autre de vos réponses.

Bal grinçant

trop tard découvert

assemblée de squelettes

déconcertés

 

attraits syncopés

danse effarouchée

rien moins que sincère

je retiens de votre gestique

un lugubre sentiment

 

la trahison

6. Contez-nous une anecdote concernant l’écriture de votre recueil.

J’étais fascinée par la vie du philosophe Giordano Bruno, au point de souhaiter l’intégrer dans mon livre en tant que personnage. Mais le propos était trop personnel pour y faire entrer un être mort depuis plusieurs siècles, lui-même victime d’une trahison qui dépasse de loin ce dont je traite dans le recueil. En revanche, j’ai été surprise et même interloquée en découvrant que le mot carrousel avait été inventé durant la vie de Bruno, et tout près de son lieu de naissance, dans le sud de l’Italie. Ces carrousels n’étaient pas de ceux qui font tourner les enfants, il s’agissait alors de « ballets à cheval », mais la coïncidence m’a beaucoup frappée, d’autant que j’avais déjà choisi le titre et un des exergues, une citation de Bruno.

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